Comment éduquer vos enfants à la finance?

La capacité à épargner, à investir et à faire des choix financiers éclairés influera grandement sur la qualité de vie de vos enfants à l'âge adulte. Pourtant, selon un sondage de Finance et Investissement, près des deux tiers (64 %) des Canadiens déclarent n'avoir reçu aucune éducation financière à l'école. Si l'enseignement scolaire demeure insuffisant sur ce plan, c'est à la maison que tout commence.

Et pas besoin d'être expert en finance pour transmettre de bonnes bases. Il suffit d'en parler tôt, simplement, et souvent. L'éducation financière commence à la maison, bien avant les premiers investissements. Voyons ensemble comment s'y prendre, étape par étape.

À quel âge devrait-on commencer à parler d'argent avec ses enfants?

Il n'y a pas de règle ni d'âge pour aborder le sujet. L'important, c'est d'adapter le message au niveau de compréhension de l'enfant et d'y revenir régulièrement. Les notions financières peuvent être enseignées même à un plus jeune âge. Tout dépend de la manière et des exemples choisis.

✦ Dès 4-5 ans : comprendre que l'argent se gagne

Un enfant de 5 ans comprend déjà la notion d'échange : quelque chose contre quelque chose. C'est le moment idéal pour démystifier l'argent et ainsi éviter de rendre le sujet tabou. Mais pour ça, comment s'y prendre concrètement?

  • Laisser l'enfant manipuler des pièces de monnaie, compter la monnaie au dépanneur.

  • Jouer avec une caisse enregistreuse ou au jeu du marchand.

  • Expliquer simplement : « Papa et maman travaillent pour gagner de l'argent, et cet argent nous permet d'acheter ce dont on a besoin. »

L'objectif n'est pas d'enseigner la finance. C'est de créer une familiarité saine avec l'argent, sans mystère ni anxiété.

✦ Entre 8 et 12 ans : associer l'argent à l'effort

C'est la période où l'enfant peut commencer à comprendre la relation entre le travail et la récompense financière. Voici quelques gestes simples à mettre en pratique au quotidien avec votre enfant :

  • Introduire l'argent de poche en lien avec des responsabilités réelles (sortir les poubelles, pelleter la neige, etc.).

  • Confier un petit budget pour l'achat de vêtements, par exemple : le but n'est pas que leurs décisions soient parfaites, c'est qu'ils apprennent.

Les amener à arbitrer : deux articles coûteux ou cinq articles abordables? Ce choix simple enseigne la priorisation.

Bon à savoir

L'argent de poche versé sans effort n'a pas la même valeur pédagogique. Rémunérer une contribution réelle, même de façon modeste, établit la relation travail-argent de manière durable.

✦ À l'adolescence (16-18 ans) : souvent le début des vraies décisions financières

Premier emploi, premier compte bancaire, premier rapport d'impôts. Votre adolescent(e) est prêt(e) à passer de la théorie à la pratique. C'est le moment idéal pour présenter les notions d'épargne systématique, de cotisation à un compte de placement, d'investissement à long terme et de fiscalité de base. Votre adolescent doit comprendre alors que ces informations sont transmises dans l'optique de lui assurer des bases solides pour son avenir financier.

Quel est le premier geste concret qu'un parent peut poser pour initier son enfant à l'épargne?

Le geste le plus concret est d'amener votre enfant à prendre des décisions rationnelles par lui-même. Prenons l'achat d'une trottinette, par exemple. Plutôt que de l'acheter immédiatement, pourquoi ne pas lui proposer d'économiser 10 $ chaque semaine? Au bout de 30 semaines, il pourrait certainement se la payer par lui-même.

C'est une excellente manière de lui faire apprendre la patience et la planification, puisqu'au bout des 30 semaines, il aura peut-être changé d'idée. On appelle ça la gratification différée. Autrement dit, l'enfant fait preuve de patience en résistant à une récompense immédiate pour obtenir un bénéfice ou un résultat plus important et durable.

« L'argent de poche sans effort n'a pas autant de valeur pédagogique. Rémunérer une contribution concrète (sortir les poubelles, pelleter l'entrée, aider un(e) voisin(e), ancre solidement la relation entre le travail et l'argent. »

Comment expliquer les rendements composés à un(e) enfant ou un(e) adolescent(e)?

Les rendements composés sont le concept le plus important en investissement. Et ça peut s'expliquer simplement, même à un enfant de dix ans. Voici un tableau qui explique ce principe :

L'argent travaille à votre place et la règle est aussi simple que la métaphore de la boule de neige. Sans avoir ajouté un seul dollar de votre poche, votre capital a plus que doublé. C'est ça, la puissance du temps combinée aux rendements composés.

La règle du 72 : un outil simple pour éduquer

La règle du 72 est une formule qui calcule approximativement le nombre d'années nécessaires pour doubler son épargne. Il suffit de connaître le taux de rendement annuel et de diviser 72 par ce taux. Vous obtiendrez alors le nombre d'années nécessaires pour doubler votre argent.

  • À un rendement annuel de 6 % → 72 ÷ 6 = 12 ans pour doubler le capital

  • À un rendement annuel de 9 % → 72 ÷ 9 = 8 ans pour doubler le capital

Bon à savoir :

La règle du 72 est une approximation. Elle est plus précise pour des taux entre 4 % et 12 %. Mais pour une conversation en famille, c'est un outil efficace, notamment avec vos enfants. « On divise 72 par le taux annuel en vigueur et on obtient le nombre d'années pour doubler son capital. »

À quel âge un enfant peut-il commencer à investir concrètement?

✦ Dès 14-16 ans : les premiers pas encadrés

Avec l'aide d'un parent, un adolescent peut commencer à investir via un compte en fiducie ou un REEE géré ensemble. L'enfant peut déjà avoir accumulé de l'argent grâce à des petits emplois ou aux cadeaux d'anniversaire. L'important, c'est qu'il apprenne à ne pas tout dépenser, un réflexe qui se construit justement grâce à l'éducation financière amorcée dès le plus jeune âge.

✦ À 18 ans : l'autonomie légale

À sa majorité, le ou la jeune adulte peut ouvrir ses propres comptes d'investissements : CELI, REER, CELIAPP (pour l'achat d'une première propriété) et même un compte personnel.

Un café à 275 000 $!

C'est un exemple utilisé souvent lorsque nous rencontrons des parents avec un adolescent. Si ce dernier décide de ne plus s'offrir deux cafés par semaine (soit huit par mois) au Starbucks, mais plutôt d'investir ces 50 $ par mois jusqu'à 65 ans, voici en chiffres ce qu'il pourrait avoir comme revenu proche de la retraite.

  • Économie mensuelle : 50 $ (≈ 2 cafés par semaine)

  • Durée : 50 ans (de 15 à 65 ans)

  • Rendement annuel moyen : 7 %

Résultat :

  • Argent investi de sa poche : 30 000 $ (le prix de 50 ans de cafés)

  • Valeur finale du portefeuille : ≈ 275 000 $

  • Rendements composés générés par le marché : ≈ 245 000 $

Près de 90 % de la somme finale provient des rendements. Deux cafés par semaine, c'est anodin. Un quart de million à la retraite, ça ne l'est pas!

« Le temps fait une grande différence. C'est le seul actif qu'on ne peux pas racheter plus tard. »

Parent and child counting coins together to learn the basics of personal finance

Le REEE est-il un bon outil pour éduquer ses enfants à la finance?

Le REEE (Régime enregistré d'épargne-études) est un contenant, une enveloppe fiscale. On peut le voir comme une extension des portefeuilles des parents qui comporte des avantages fiscaux significatifs.

L'avantage immédiat : Sur les premiers 2 500 $ cotisés par année par enfant, les gouvernements versent jusqu′à 750 $ en subventions combinées :

  • Fédéral (SCEE) : 20 % des cotisations, soit un maximum de 500 $ par année (plafond à vie de 7 200 $ par année par enfant)

  • Québec (IQEE) : 10 % des cotisations, soit un maximum de 250 $ par année (plafond à vie de 3 600 $ par année par enfant)

Résultat : un rendement instantané de 30 % sur votre mise, avant même que l'argent ne soit investi. Peu d'investissements offrent un tel avantage dès le départ.

L'avantage futur : les rendements générés à l'intérieur du REEE croissent à l'abri de l'impôt. Lors des retraits pendant les études postsecondaires de votre enfant, les subventions et les rendements seront imposables entre ses mains, à un taux généralement très faible, puisque l'étudiant a peu ou pas de revenus.

Le saviez-vous?

Selon Statistique Canada, un peu plus des deux tiers (69 %) des enfants canadiens de moins de 18 ans avaient de l'argent mis de côté pour leurs études en 2020 via un REEE et qu'une faible minorité maximise les subventions. Cela signifie que la majorité des familles laisse sur la table des milliers de dollars en subventions gouvernementales gratuites.

Comment utiliser le REEE comme outil pédagogique?

Au-delà de l'avantage fiscal, le REEE est une occasion en or d'impliquer votre enfant dans sa propre planification financière :

  • Expliquer à l'enfant, à mesure qu'il grandit, pourquoi ce compte existe et ce qu'il financera.

  • En faire un projet commun : « Voici ce qu'on a mis de côté pour toi depuis ta naissance. Ensemble, on va regarder comment l'objectif a été établi et comment on a investi pour l'atteindre. »

  • Montrer les relevés de façon adaptée à l'âge : à 10 ans, on peut montrer le montant total. À 15 ans, on peut expliquer la répartition entre cotisations, subventions et rendements.

L'enfant comprendra alors comment ses parents s'y sont pris pour financer un projet (ses études, par exemple) à long terme, et pourra répliquer ce processus pour ses propres objectifs financiers à long terme, ainsi que ceux de ses enfants plus tard.

Quelles erreurs les parents font-ils quand ils parlent d'argent à leurs enfants?

Erreur 1 : ne pas en parler du tout

C'est l'erreur la plus courante qu'on peut observer. La culture québécoise entretient un fort tabou autour de l'argent. On parle facilement de santé, de relations, de carrière, mais rarement de finances personnelles. Un(e) jeune qui n'a pas été exposé(e) aux notions d'épargne, de dette ou d'investissement à la maison risque d'arriver à l'âge adulte avec moins de repères pour prendre ses premières décisions financières.

Erreur 2 : dire « on n'a pas les moyens » sans expliquer le pourquoi

Il y a une différence fondamentale entre dire :

« On n'a pas d'argent pour un bateau. »

et

✔ « Un bateau, ça coûte 40 000 $. On l′utiliserait seulement 12 heures par an, sans compter les frais annuels d'essence, d'assurance et de remisage hivernal d'environ 10 000$. » On explique pourquoi on n'achète pas de bateau.

Cette formulation montre ce qu'est un choix financier conscient plutôt que de mettre l'accent sur le manque. L'enfant apprend que ses parents ne sont pas « pauvres » et font des choix réfléchis.

Erreur 3 : confondre valeur et prix

Apprendre à un enfant que ce qui coûte cher n'a pas forcément de valeur (et vice-versa) est une leçon qui lui servira toute sa vie. En investissement, la valeur d'un actif se mesure au rendement qu'il génère sur le long terme, pas à son prix d'achat. Cette nuance, transposée au quotidien, aide l'enfant à distinguer un achat impulsif d'un investissement réfléchi.

Bon à savoir :

Plutôt que d'interdire une dépense, posez la question : « Est-ce que tu penses que cet achat vaut le nombre d'heures que tu as travaillé pour gagner cet argent? » Cette simple question développe le réflexe du calcul coût-bénéfice.

Quel rôle joue l'exemple parental dans l'éducation financière?

L'exemple, avant les explications théoriques, est l'outil le plus puissant! Il ne s'agit pas de montrer ses relevés de compte à ses enfants. Il s'agit de partager une culture, un langage, des réflexes. Les familles où on parle d'argent et d'investissements comme on parle de hockey produisent des enfants à l'aise avec le sujet.

Partagez votre savoir-faire avec vos enfants en leur transmettant les informations suivantes :

  • Comment vous avez pris telle décision financière;

  • Pourquoi vous avez épargné avant d'acheter;

  • Comment vous évaluez un achat important;

  • Ce que vous avez appris de vos propres erreurs financières.

Les enfants n'apprennent pas seulement de ce qu'on leur dit, ils apprennent surtout de ce qu'ils observent. Si vous faites un budget, si vous comparez avant d'acheter, si vous parlez d'investissement avec sérénité plutôt qu'avec anxiété, vos enfants intégreront ces comportements naturellement. Ils vous percevront alors, comme un conseiller de confiance avec qui ils pourront valider leurs décisions financières futures.

« Je te donne du poisson, je te nourris aujourd'hui. Je t'apprends à pêcher, je te nourris pour la vie. »

Lao Tseu

Comment un(e) gestionnaire de portefeuille peut accompagner une famille dans sa planification intergénérationnelle?

Chez Allard, Allard & Associés, notre rôle ne s'arrête pas au portefeuille. Il s'étend à la transmission des valeurs et du patrimoine d'une génération à l'autre. À la demande des clients, AA&A a préparé des sessions d'initiation à la finance pour les jeunes adultes. Un geste simple qui normalise les conversations sur l'argent au sein de la famille, et qui permet aux jeunes de poser des questions dans un cadre bienveillant et professionnel.

Voici en quoi les sessions d'initiation à la finance des enfants sont utiles :

  • Accompagner les parents dans la structuration de leur legs financier;

  • Éduquer la prochaine génération aux principes d'investissement à long terme;

  • Faciliter les conversations familiales sur l'argent, souvent délicates;

  • S'assurer que le patrimoine bâti sur des décennies sera préservé et qu'il pourra fructifier.

L'éducation financière est une transmission qui se fait autour de la table, dans les décisions ordinaires, dans les conversations qu'on a au quotidien. Le vrai patrimoine, c'est le savoir-faire qu'on transmet, pas seulement l'argent qu'on laisse. Commencer tôt, c'est offrir à vos enfants le plus puissant des avantages : le temps. Et le temps, contrairement à l'argent, ne se rattrape jamais!

Vous voulez intégrer la planification intergénérationnelle dans votre stratégie financière? Prenez rendez-vous avec l'un(e) de nos expert(e)s pour une consultation gratuite.

À retenir

Les points à retenir

  • Parlez d'argent dès l'âge de cinq ans : en langage simple, par l'exemple du quotidien.

  • Associez l'argent de poche à un effort réel, pas à un droit acquis.

  • Expliquez les rendements composés avec l'image de la boule de neige.

  • Ouvrez un REEE dès la naissance : la subvention combinée de 30 % est offerte par les gouvernements fédéral et provincial.

  • Rappelez-vous que le temps est le meilleur allié : un dollar investi à 15 ans vaut 30 $ à 65 ans.

  • Transmettez une culture financière avant de transmettre des actifs.

Auteur de l'article

Alexandre Legault, Vice-président et gestionnaire de portefeuille

Fort d'une expérience de plus de 30 ans, Alexandre est gestionnaire de portefeuille chez Allard, Allard & Associés depuis 2012. Il est membre du comité de placements et du comité de direction de la firme. Il conseille également la clientèle et contribue aux communications.

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Auteur(s)

Alexandre Legault, Gestionnaire de portefeuille
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